Accès direct au contenu

  • Texte plus petit
  • Texte standard
  • Texte plus grand
Recherche avancée

Nantes Métropole le site officiel de Nantes Métropole


le 12 novembre 2009

François Sauvageot, mathématicien généreux et partageur

Taillé pour les maths...

François Sauvageot est un mathématicien atypique. Dans quelques jours, il participera à la fête de la science en faisant des bulles de savon...

François Sauvageot, taillé pour les maths François Sauvageot, taillé pour les maths
François Sauvageot est de ces personnes qui vous font vite quitter votre époque. Sa stature de géant barbu, son torse de taureau, ses cheveux longs, rappelleraient aisément les héros des pays du Nord, ces Vikings si chers à nos rêves d'enfant ou ces personnages épiques du roman de Tolkien, Le Seigneur des Anneaux. En fait, cet Alsacien de naissance vit à la Chapelle-sur-Erdre et enseigne les mathématiques au lycée Clemenceau de Nantes.
Dans quelques jours, à Rezé, pour la fête de la science, ce matheux au regard doux ira à la rencontre d'enfants du CE2 au CM2. Il leur fera des bulles de savon, des constructions, et leur parlera de géométrie. Pourquoi ce grand mathématicien descend-il dans la cour des petits ? « J'aime aller à la rencontre du grand public. Quand je vais dans une classe, j'essaie de leur faire passer un bon moment, de faire germer quelques graines dans les esprits. Je souhaite que les enfants et les enseignants se rendent compte qu'un mathématicien n'est pas quelqu'un d'austère, qu'il est dans la vie, comme eux. L'image que l'on a des scientifiques est souvent fausse. »
Pour les maths, c'est même le grand désamour. « Les mathématiques ont une image désastreuse, dit-il. Dans les années 70, à la place du latin et du grec, on a utilisé les maths comme moyen de sélection à l'école. Le résultat, c'est que l'on a dégoûté des maths des générations d'enfants. Et, surtout, on a fait passer le message suivant à des millions d'élèves : Si t'es nul en maths, tu dois voir ta vie autrement, revoir tes ambitions à la baisse. C'est terrible. »
Les maths, ça se partage
Comment lutter contre cette idée reçue ? En partageant. « Un scientifique peut et a même le devoir d'être accessible, d'expliquer ce qu'il fait, de partager son savoir. De leur côté, les citoyens doivent venir à notre rencontre pour exprimer ce qu'ils pensent, confronter leurs idées aux nôtres et mesurer alors leurs pertinences, ainsi que leurs limites. Comme dans tous les domaines, il y a quelques mots en apparence compliqués, du jargon à connaître. Mais si on explique ce vocabulaire de base, on peut communiquer ensemble. »
L'équation de la vie de François Sauvageot, pour être comprise, mérite qu'une des inconnues qui la composent soit ici révélée. Au départ, les mathématiques étaient pour lui un refuge, un havre de paix. « Mes parents ont divorcé lorsque j'avais six ans. J'ai fui mes soucis en m'immergeant dans les maths. J'ai fui aussi la violence du monde, les guerres. Les mathématiques étaient pour moi un univers où il n'y avait pas de coups fourrés, pas de gouffre, pas de règles imposées. C'était un espace de liberté, un espace où plusieurs propositions pouvaient être vraies en même temps. C'était un lieu d'apaisement. »
L'équation et le glaive

Plus tard, étudiant, puis chercheur au CNRS, les maths deviendront l'épée de ce féru d'histoire celte et de Moyen-Âge. Une épée au service de son esprit de révolte. Il lance : « Les maths sont le support de mon courage. Elles me donnent confiance en moi. » Grâce aux mathématiques, il peut critiquer des prétendues vérités que l'on nous dit gravées dans le marbre. « Les maths sont un moyen d'analyser, de comprendre, de prédire, de vérifier, d'interpréter, explique-t-il. On peut dire si une chose est possible ou impossible. Grâce aux maths, on peut dire non. »
Depuis la rentrée de septembre, François Sauvageot enseigne à des élèves de maths sup. « Mon enseignement est atypique. Le premier jour, je leur ai demandé une dissertation. Le sujet : Qu'est-ce que c'est pour vous les maths ? » Autre démarche originale : « Le vendredi après-midi, durant 30 minutes, je demande à chaque élève de poser un défi aux autres. À la fin de l'année, l'élève qui aura proposé le défi ayant résisté le plus longtemps à la sagacité de ses camarades de classe aura un cadeau. » Son regard s'illumine, et il dit : « Il faut finir le programme, bien sûr, mais je leur demande aussi de se poser des questions. Il faut avancer, un pied pour bâtir, un pied pour rêver. » Cousons ici la dernière pièce de ce portrait : François Sauvageot adore les costumes d'époque, qu'il conçoit lui-même d'ailleurs... « Ma machine à coudre est une machine à rêver. J'invente des formes ! »

David Pouilloux

mise à jour le 4 décembre 2009



Nantes Métropole — 2, Cours du champ de Mars — 44923 Nantes Cedex 9 | Tél. 02 40 99 48 48