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La partition de Sophie

Sophie Nicolleau-Barbault est luthière. Elle conçoit, fabrique et règle violons, altos et violoncelles.

Une vocation peut naître d’une chute et d’une cassure. Sophie Nicolleau- Barbault, aujourd’hui « luthière du quatuor », est une adolescente quand elle apprend le violon alto, après 8 ans de piano. La chute inopinée de son instrument va sceller son sort, écrire le début de la partition de sa vie. Sophie se souvient : « La finesse avec laquelle avait été faite la réparation, comme si rien ne s’était passé, m’a beaucoup intriguée. » Comme une évidence, ce métier « à la fois manuel et lié à la musique » s’impose à la jeune femme, qui se forme à la seule école de lutherie du quatuor en France, à Mirecourt dans les Vosges. Cinq ans plus tard, diplômée avec distinction, cette passionnée du violon travaillera à Rennes, puis chez le Parisien Roger Lanne, un des quatre luthiers agréés par les opéras de Paris. « J’ai découvert là de très vieux instruments, se remémore Sophie. Les gens venaient de l’étranger pour faire régler leur violon, c’était fascinant ! Et puis, Roger Lanne était un passionné de l’art et il m’a beaucoup appris sur la restauration, les réglages. Il avait un oeil très affûté. »
Malgré tout, l’envie de fabriquer les instruments plane toujours, chevillée au corps. Et c’est en 2010 qu’elle franchit le pas et se met à son compte. Aujourd’hui, à 42 ans, Sophie travaille chez elle. Dans son atelier-laboratoire, à Saint-Herblain, gouges, pointes à âme, rabots et autres limes animent son quotidien. Là naissent, des violons et des violons altos principalement. Sur les étagères, des planches, des vases bleus où des baguettes attendent d’être transformées en âmes d’instruments. Des tiroirs chargés de résines, huiles, pigments, révèlent que l’endroit est aussi un lieu d’expériences. « Je fais des tests en permanence, pour trouver le bon vernis, la bonne couleur, ainsi que des recherches acoustiques sur les modes vibratoires du violon. »
Sur son large établi, le dessin d’un violon qu’elle réalise. « Imaginer un violon, c’est avant tout de la géométrie », glisset- elle en dévoilant un plan où lignes et courbes se croisent. La seconde étape vient ensuite, avec la découpe d’un moule intérieur en contreplaqué. Il servira de support à de fines éclisses, sortes de bandes de bois très minces qui permettront aux deux côtés du violon de se rejoindre. « Une fois le moule enlevé, ce sera la colonne vertébrale du violon », explique Sophie. Le fil du bois, la régularité de sa fibre, sa densité, sa sonorité, sont autant de détails qui feront un bon instrument, de même que son essence et sa qualité. « On utilise l’épicéa pour la table de l’instrument, qui recevra le chevalet et les cordes, et de l’érable sycomore ondé, plus dense, pour le fond, ou dos de l’instrument. »
Le temps de Sophie se partage entre les réglages des instruments et leur fabrication. Violons de modèles Guarnerius, Stradivarius notamment, réalisés « dans le style de ce qui se faisait aux XVIIe et XVIIIe siècles », constituent l’essentiel de ses créations. « J’essaie de comprendre et d’analyser ce que veut le musicien, pour convertir ses souhaits en réalité, et ainsi tenter de percer le mystère de l’équation entre la forme (le bois, le modèle, les voûtes, les ouïes, les épaisseurs…) et le son. Puis on choisit le bois ensemble », et c’est le début de la naissance d’un nouveau violon. À l’heure de la Folle Journée, elle parfait le réglage des violons de ses fidèles clients qui joueront lors de l’événement. Sa clientèle, née du bouche à oreille, vient de France et d’Europe et n’hésite pas à venir de loin pour un réglage de sonorité ou une commande d’instrument neuf. À l’exemple de cette musicienne du Brussels Philharmonic Orchestra, à qui Sophie règle un jour le violon, « un instrument du XVIIIe siècle, se souvient la luthière. La violoniste me rappelle quelques jours plus tard, après son concert et me dit : « J’ai commencé à jouer, et tous mes voisins de pupitre se sont retournés et m’ont demandé si j’avais changé d’instrument ! »

Gwenaëll Lyvinec
Photo : Patrick Garçon

mise à jour le 30 décembre 2014



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