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Capitaine du futur

Michel Pery est le commandant du trois-
mâts nantais Belem. Du navire du XIXe siècle aux bateaux du futur, le marin suit son cap vers l’avenir.

« Un homme sans passé est plus pauvre qu’un homme sans avenir », disait l’écrivain Elie Wiesel. Michel Pery, capitaine du trois-mâts nantais, le Belem, a fait sienne cette citation. Michel Pery est un homme de la mer. Une mer qui l’a pris tout petit, quand il allait pêcher avec son grand-père au large de Saint-Jean-de-Luz dans le Pays basque. Avec un père et un grand-père marins-pêcheurs, l’enfant d’alors n’imaginait pas sa vie autrement que sur les flots. « Et puis, mon autre grand-père construisait les bateaux sur lesquels naviguait le premier », se souvient le marin en riant. À 23 ans, Michel Pery a fondé Itsas Begia, association de protection du patrimoine maritime basque. Itsas Begia, « l’œil de la mer », ancre encore aujourd’hui notre homme à sa terre natale, car il en est le coprésident. C’est aussi l’amarre qui le relie au Belem, navire que son armateur lui pro- posa un jour de commander, en découvrant justement son goût pour le patrimoine maritime. Le premier embarquement sur le navire Belem s’est fait en 1992, lorsqu’il a été détaché par la Compagnie maritime nantaise. Durant toute sa carrière, le capitaine a conduit de gros cargos marchands et connu de nombreux ports. En parallèle, presque chaque année pendant 20 ans, il a tenu le gouvernail du Belem, trois-mâts de 1896 à voiles carrées, pièce unique en France, emblématique de Nantes. « J’avais deux métiers alternativement : l’un plus industriel, l’autre davantage tourné vers la transmission, avec la mer comme dénominateur commun », précise Michel Pery. Sur le Belem, près de 40 000 stagiaires ont été accueil- lis depuis qu’il appartient à la Fondation du même nom. Parmi eux, le commandant se souvient de Jean-François Deniau, ancien ministre et académicien. « Il est venu plusieurs fois naviguer sur le navire, et même affaibli par la maladie, il voulait être du voyage. »

De par son histoire, son image, le
Belem permet les échanges improbables et de belles aven- tures. L’Odyssée Atlantique en est une, mémorable voyage orga- nisé en 2002 pour commémorer les 100 ans de l’éruption de la montagne Pelée, aux Antilles. « Le navire fut l’un des rares rescapés de la catastrophe. » En juin le Belem fêtera ses 120 ans à Nantes. « C’est une belle occasion de célébrer le patrimoine maritime, s’enthousiasme le capitaine. Je défends le Belem à ce titre. C’est une figure tutélaire, une pièce majeure du patrimoine maritime français. » Michel ne boude pas les médias et n’hésite pas à s’exprimer « dès lors que l’on m’offre une tribune ». Il est ainsi passé à l’émission Thalassa sur France 3, à la barre du Belem, avec celui qui devint ensuite un ami proche, Raymond Labbé, un des charpentiers de marine du XXe siècle les plus réputés, qui a notamment coordonné le chan- tier de l’Hermione à Rochefort. Plus récemment, on a pu le voir dans l’émission Les Carnets de Julie, avec Julie Andrieux, pour parler du Pays basque et de sa gastronomie. Un souvenir inoubliable : Michel a dû pêcher des chipirons, nom donné au calmar dans le Sud-Ouest, puis les préparer pour une tablée de 24 per- sonnes. « Un des repas les plus extraordinaires que j’ai fait », confie-t-il avec bonhomie.

À presque 58 ans, le marin aguerri ne changerait pas une vague de son parcours sur les océans. Et, après 40 ans de navigations partagées entre la pêche, les cargos et le fameux trois-mâts nantais, le jeune retraité continue de regarder par-delà l’horizon et vers l’avenir. « Ce n’est pas être passéiste que de s’intéresser au patrimoine et à l’histoire, insiste d’ailleurs Michel. Le passé contribue à comprendre et à créer les fondements du progrès. » Toujours à la tête du Belem quelques mois par an, le commandant a monté une société d’armateurs avec des Nantais pour construire Néoline, un cargo à voiles. « L’idée est de remettre au goût du jour la voile de travail avec un vrai navire de charge et de s’affranchir substantiellement des énergies fossiles », s’enthousiasme l’homme des mers. Un navire du futur relançant, avec les technologies et les matériaux modernes, un mode de propulsion millénaire, tel un fil tendu entre le passé et l’avenir.


Texte : Gwenaëll Lyvinec

 

 

 

 

mise à jour le 16 novembre 2016



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