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« Les villes congestionnées par la circulation ne sont pas des villes attractives »

Entretien avec Philippe Crist, économiste au Forum international des transports de l’OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économiques), spécialiste des questions de transports et président du Comité de programme pour Velo-city.

Philippe Crist © Patrick Garçon Philippe Crist © Patrick Garçon
Quel est l’objectif de ce grand colloque ?
Velo-city est la conférence mondiale du vélo en ville, le vélo mode de déplacement de tous les jours, le vélo lié au tourisme. Tous les ans, des autorités, des gouvernements, des activistes et des entreprises viennent à cette conférence pour discuter. L’idée, c’est que nous pensons qu’il faut faire avancer la pratique du vélo en ville pour plusieurs raisons : des raisons de santé, des raisons liées à la facilité des déplacements en ville et aussi des raisons économiques et environnementales. »

Quels sont les « bons élèves » en matière d’usage du vélo ?
« Au Danemark, à Copenhague, pour les déplacements travail et pour les études, 41 % de tous les déplacements se font à vélo. Dans certaines villes aux Pays-Bas, nous sommes au-delà de 50 %. Il faut retenir que dans le monde il y a beaucoup de pays où l’on fait davantage de vélo qu’en France : en Inde, nous arrivons à des chiffres parfois au-dessus de 50 %, mais dans des conditions très différentes de ce que nous pouvons trouver en Europe, où les conditions sont très dangereuses et où la pratique du vélo n’est pas du tout sécurisée.

Quelles sont les clés du succès du vélo dans certains de ces pays ou dans certaines métropoles européennes ?
Nous avons l’habitude d’entendre qu’une ville plutôt plate et ensoleillée favorise la pratique du vélo. Ce n’est pas vrai. Nous voyons que l’élément principal est la mise en place d’une politique qui encourage l’utilisation du vélo et la mise en place d’infrastructures, séparée de la circulation et sécurisée pour la pratique du vélo. Dans la plupart de nos villes dans le monde, ce sont plutôt des personnes jeunes, plutôt des hommes qui font du vélo. Si vous voulez faire venir des gens au vélo, il faut mettre en place des infrastructures et des politiques qui attirent des femmes, des personnes âgées et des personnes très jeunes.

Quelles sont les idées qui ressortent de l’appel à contributions de la Conférence Velo-city ?
Il y a beaucoup d’intérêt sur le lien entre l’économie et le vélo. Nous pouvons considérer que l’économie du vélo en Europe est égale au PIB du Danemark. C’est énorme. Le vélo est un pays en Europe. Nous pouvons voir aussi beaucoup de contributions sur les nouvelles technologies et leur utilisation dans le vélo pour favoriser l’utilisation des vélos en libre-service, des vélos partagés tels que le Vélib à Paris, le Vélo’v à Lyon ou le bicloo à Nantes. Mais aussi sur la création de données qui peuvent être utilisées par les villes pour mieux mettre en place ces services qui correspondent aux besoins réels des cyclistes et aux besoins réels de leurs citoyens qui se déplacent à vélo.

Quels sont les grands enjeux mondiaux de la mobilité ?
La population mondiale va passer de sept à neuf milliards à l’horizon 2050. La majorité de cette croissance et des déplacements qui vont de pair se feront dans des pays en voie de développement. La nouvelle mobilité à laquelle nous allons être confrontés se fera dans le Sud et pas dans le Nord. Ces villes n’auront pas de place pour garer ni pour faire évoluer des voitures sur leurs réseaux, même s’ils les multipliaient par deux, trois ou quatre. D’autre part, même si aujourd’hui le coût du pétrole est historiquement bas, nous savons que ce prix va monter et que, surtout, les pays en voie de développement où il y aura beaucoup de demandes de mobilité auront un fardeau énorme à porter, s’ils choisissent l’option voiture. Les transports en commun non plus ne pourront pas absorber toute cette demande de mobilité. Il faudra une soupape de sécurité pour ces villes du XXIe siècle, et cette soupape de sécurité peut être le vélo, doit être le vélo dans certaines villes où les distances de déplacements moyennes représentent moins de quinze kilomètres par jour. Investir dans les modes doux de déplacements (vélos, piétons) coûte beaucoup moins cher que les transports en commun ou la voiture. Avec cet argent économisé, on peut faire bien autre chose pour les citoyens, leur proposer d’autres services. Enfin, les villes congestionnées par la circulation ne sont pas des villes attractives.

Propos recueillis par David Pouilloux.

mise à jour le 6 mai 2015



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