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Bras bionique : première médicale à la clinique Jules Verne

Amputée du bras droit, Priscille Deborah va devenir la première patiente en France à bénéficier de la technologie TMR. Objectif : augmenter considérablement la vitesse et la fluidité d’utilisation de sa prothèse.

Image. Le Dr Edward de Keating Hart avec sa patiente, Priscille Deborah.
“Dans la vie sociale, les gens sont toujours pressés, et la vitesse à laquelle je peux utiliser ma prothèse n’est pas toujours adaptée. Dans ma cuisine, je peux m’en servir pour couper des tomates, mais si je vais à la Poste, les gens risquent de s’impatienter derrière moi.” Victime d’un accident de la vie qui l’a conduite à l’amputation du bras droit et des deux jambes voici douze ans, Priscille Deborah se heurte au quotidien à une réelle difficulté d’utilisation.  

“Une prothèse marche avec des capteurs, explique le Dr Edward de Keating Hart, l’un des chirurgiens qui suit la quadragénaire et qui exerce à la Clinique Jules Verne. Le patient contracte les muscles restants au niveau du bras pour activer les moteurs dans la prothèse. Le problème, c’est que les personnes qui sont amputées comme Priscille ne peuvent avoir que 2 électrodes : une pour contracter, une pour étirer. Cela permet de faire six mouvements. Et c’est fatigant, donc les gens abandonnent souvent la prothèse.”

Réutiliser les nerfs par la pensée

C’est ce qui a conduit Priscille Deborah à se porter candidate pour une technique chirurgicale nouvelle en France, la TMR (Targeted muscle reinnervation, réinnervation musculaire ciblée en français), pratiquée depuis 2009 aux Etats-Unis (une quarantaine d’intervention), mais aussi en Europe (une trentaine en Allemagne et en Autriche). “L’objectif, c’est de pouvoir me servir de ma prothèse toute la journée, comme un bras à part entière, espère la patiente. Ça soulagera mon bras gauche qui est beaucoup sollicité. J’ai développé un problème du canal carpien. Ça m’ouvrira des perspectives nouvelles pour la vie quotidienne, pour mon travail d’artiste peintre, je pourrai faire du sport…” Réalisée le 21 novembre, cette opération devrait lui permettre de gagner en fluidité, mais aussi de pouvoir faire plusieurs mouvements en même temps.

“On va réutiliser trois nerfs coupés, qui ne servent plus à rien aujourd’hui, détaillait avant la procédure le Dr de Keating Hart, qui a opéré en équipe, avec le Dr Jérôme Pierrart et un professeur allemand qui a déjà pratiqué ce type d'opération. On va les recouper en zone saine, et diviser les muscles avant de rebrancher les nerfs sur ces muscles. Au lieu de deux, nous espérons avoir cinq électrodes. Et si tout se passe comme on l’espère, Priscille pourra réutiliser ses nerfs par la pensée. Le nerf qui permettait d’ouvrir la main avant l’amputation retrouvera sa fonction initiale.”

Un taux de réussite de 60% à 70%

L’opération a duré 5h, et s'est bien déroulée. Les précédents affichent un taux de réussite de 60% à 70%.

La patiente passera ensuite par trois semaines de cicatrisation, puis 5 à 6 mois de rééducation. “L’incertitude, c’est de savoir si tous les nerfs se réveillent, sous 6 mois à un an, note le chirurgien. Ensuite, la prothèse commandée par le cerveau, mais il faut qu’il s’habitue, pour que cela devienne fluide et qu’elle n’y pense plus.” Pendant un à deux ans, Priscille Deborah viendra donc passer une semaine au centre de rééducation de la Tourmaline, à Saint-Herblain, où elle travaillera avec l’ergothérapeute Claire Bonamici, et l’orthoprothésiste Sylvio Bagnarossa, qui adaptera la nouvelle prothèse de la patiente.

Mais tout cela coûte cher. “La prothèse myo-électrique vaut 80 000 euros, note Priscille Deborah. Il faut que l’on fasse avancer les choses, que les prothèses soient mieux remboursées. Ce n’est pas du luxe, cela permet de travailler. En Allemagne, un patient amputé a droit à la meilleure technologie de pointe, remboursée par l’assurance maladie. Je me sens une responsabilité, je suis prête à être porte parole.”

mise à jour le 22 novembre 2018



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