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Street-artist et globe-trotter

Ses racines sont en Suisse et à Pornic, mais c’est à la Maison radieuse de Rezé que vit et travaille Jinks Kunst. Ce streetartist parcourt le monde pour y semer ses oeuvres, drôles ou engagées.

L’atelier est au troisième étage, tout au bout d’une des « rues » de l’immeuble du Corbusier. « Habiter à la Maison radieuse, c’est un peu un hasard. Mais comme c’est aussi l’oeuvre d’un Suisse, je me sens un peu en Helvétie ici ! » Jinks Kunst a quitté son pays natal à 3 ans. Il est retourné y vivre quelques années, dans sa vingtaine, avant de rejoindre la métropole nantaise, dont il est « tombé amoureux ». Mais son véritable lieu de vie, c’est le monde. Ce jour-là, il revient du Sri Lanka, à peine ébranlé par le décalage horaire. « Je devais prendre du repos, mais j’en suis incapable ! J’ai fait du street-art dans sept villes. » Et d’annoncer déjà ses projets dans les prochains mois : « Peut-être au Maroc pour le ramadan… J’aimerais aussi retourner au Népal pour un projet et un festival de street-art. »

Sa spécialité, les détournements de panneaux

Les longues distances sont familières à cet artiste tout juste quadra, qui aime les rencontres, les défis, et pour qui tout support est prétexte à l’expression artistique. Parmi ses faits d’armes : un Mandela en Lego, un portrait pointilliste de Gainsbourg réalisé avec des milliers de filtres de cigarette, des vinyles et des skate-boards transformés en tableaux… Les détournements de panneaux sont sa spécialité. Il en revendique plus de 5 000, tout autour de la planète !

« Au départ, c’était juste un skateur sur un dos-d’âne, une silhouette noire toute simple. Mais plus ça va, plus je mets des détails, je fais des clins d’oeil au lieu où je me trouve. » En Afrique ou en Inde, ce sont les transports en commun ou les animaux qui l’inspirent. À Nantes, Jinks s’est servi de la figure de Jules Verne. Et si vous êtes tombé sur des sens interdits dont la bande blanche s’est transformée en baignoire, en table de DJ ou en portée musicale, c’est qu’il était passé par là ! « Le but, c’est d’étonner les gens, les faire sourire, leur montrer qu’il y a autre chose que la norme. »

Son matériau ? « Des adhésifs découpés à la main », explique-t-il en dévoilant ses figurines prêtes à l’emploi, soigneusement rangées dans un petit cahier. « Quand j’oublie de le prendre avec moi, c’est catastrophique. Et quand je ne trouve pas de panneau qui convient, ça me démoralise… » On devine qu’il plaisante à peine.

Icônes politiques et héros du quotidien

Si l’humour est central dans son oeuvre, Jinks a développé une conscience aiguë du rôle de l’artiste dans un monde tout en contrastes. Entre deux éclats de rire, dans ses toiles ou sur les murs, il dénonce la famine, le racisme, le sexisme, la peine de mort, la dictature… « Ce qui me révolte, c’est l’injustice ! » Cet engagement se traduit dans des représentations d’icônes politiques – Che Guevara, Thomas Sankara, héros national au Burkina Faso… –, mais aussi de figures plus humbles.

En 2015 au Népal, Jinks a rendu hommage à des femmes et des hommes quasi anonymes, travaillant dans des structures locales. « Des portraits de gens qui se mettent peu en avant et qui agissent pour les autres, sans beaucoup de moyens. Des héros », souligne-t-il avec admiration. Il a pu reconduire ce projet l’an dernier dans cinq pays d’Afrique, avec le soutien de la Ville de Nantes, de l’Institut français et d’une quinzaine de partenaires privés. Tant pis si nombre de ses réalisations ne sont déjà plus visibles.

L’art de rue n’est pas fait pour durer, et c’est sans doute ce qui empêche Jinks Kunst de se prendre trop au sérieux : « Quand une oeuvre disparaît, c’est vrai que ça pique... surtout si c’est fait rapidement. Mais ce côté éphémère, c’est le jeu. »
Pierre-Yves Lange
 

mise à jour le 18 mai 2017



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