Olivier Durand et Minowa Tomohito
Olivier Durand et Minowa Tomohito sont tous les deux maraîchers, l’un aux Sorinières, l’autre à Najita, au Japon. Ensemble, ils ont participé à la création et à la réalisation du potager japonais du Jardin des plantes de Nantes.
Minowa Tomohito et Olivier Durand / © Patrick Garçon
Olivier Durand, 32 ans, cheveux couleur carotte, et Minowa Tomohito, 35 ans, cheveux couleur radis noir, vivent à plus de 10 000 km l’un de l’autre. En dépit des kilomètres, ils ont eu la chance de se croiser et de nouer une belle relation qui a les couleurs des plus beaux légumes. En japonais, « belle relation » se dit kizuna. Un mot dans l’air du temps au pays du Soleil-Levant, parce qu’il signifie aussi solidarité. Les événements dramatiques de Fukushima, qui ont resserré les liens entre les gens, ont remis ce mot au goût du jour.
Le lien entre Olivier et Minowa s’est lui tissé autour du travail accompli ensemble sur le projet de potager japonais du jardin des Plantes, initié par le Service des Espaces Verts de la ville de Nantes et Kinya Maruyama.
Olivier Durand est un talentueux maraîcher, aussi modeste que son parcours est étonnant. Né à Nantes, d’un papa chef cuisinier et d’une maman fondue d’horticulture, Olivier allie ces passions très tôt. « Depuis l’âge de six ans, j’ai eu un potager. Je voulais en faire mon métier ». Ensuite vient le temps de l’apprentissage : l’étudiant part se former en Suisse comme ingénieur agronome, puis voyage, Côte d’Ivoire, Québec, puis à 26 ans, c’est le Japon ! « Je voulais connaître l’agriculture et la culture japonaises, dit-il, sans oublier la cuisine ! » Olivier raconte : « Je suis passé de ferme en ferme, j’ai appris la culture du riz, celle des légumes en conditions agronomiques chaude et humide. » Il y découvre les légumes japonais, le daïkon, un gros radis blanc, le kabu, un navet, le taasaï, un chou, la mizuna, une salade, le shiso, une roquette.
Aujourd’hui, toutes ces merveilles aux goûts d’ailleurs poussent dans ses serres, aux Sorinières, tout à côté des grands classiques, que sont pommes de terre, carottes, épinards, bettes, tomates et courgettes. Ses légumes, 50 espèces, 160 variétés, font le régal de ses clients en vente directe bio, et rendent heureux deux restaurateurs nantais. « Mon idée, c’est de proposer à mes clients une palette de légumes, de saveurs et de couleurs, pour qu’ils composent leur œuvre, qu’ils aient plaisir à cuisiner et à goûter. »
Et les légumes japonais ? « Ils font partis de mon histoire. » Quand on a demandé à Olivier de raconter toute cette aventure à travers un portrait dans le journal, il a dit oui, mais il a tenu à y associer Minowa Tomohito : « Je trouve cela plus intéressant de croiser nos regards. C’est une ouverture aux autres, au monde. » Alors on rencontre Minowa en compagnie de sa femme Nagisa et de Kinya Maruyama, artiste japonais auteur du Jardin étoilé de Paimboeuf, une des œuvres d’Estuaire. À l’origine de la rencontre de nos deux maraîchers, Kinya traduit notre échange. « J’habite une petite ville, Najita, près de Chiba, dans la région de Tokyo, dit Minowa. C’est un honneur pour moi d’avoir participé à la réalisation de ce potager japonais. Pour nous, au Japon, c’est important d’être entouré de belles choses. Pour se sentir bien, il faut observer la beauté autour de soi. Comme Olivier, je suis en agriculture bio, une agriculture proche de la nature. Je mets dans mes rizières des canetons qui mangent les mauvaises herbes et qui, avec leurs petites pattes, troublent l’eau, ce qui est utile pour protéger les plants de riz de la lumière, et apporte de l’oxygène aux racines. C’est la méthode Aigamo (canard). Ce qui m’a le plus surpris, c’est qu’Olivier choisisse d’utiliser de vieilles machines. Au Japon, on nous pousse à acheter les dernières machines, et elles coûtent très cher. J’ai été surtout impressionné par la capacité qu’a Olivier de créer une communauté autour de lui, un groupe de clients, qui viennent voir son exploitation et à qui il fait découvrir son travail et ses produits, pour leur donner envie d’acheter. C’est une bonne idée, ça me donne envie de le faire chez moi. Il sait nouer de belles relations avec les autres. » Olivier, même s’il parle japonais, ajoute : « Avec Minowa, on se comprend sans se parler. Notre relation va au-delà des mots. La terre est un langage universel. »
David Pouilloux
mise à jour le 21 mai 2012









