le 5 janvier 2012
Bouguenais
Bernadette Rovire est la directrice générale du pôle de compétitivité iD4Car. Derrière ce sigle mystérieux, on trouve les voitures du futur, plus légères, plus modulables, électriques.
Bernadette Rovire, directrice générale du pôle de compétitivité iD4Car / © Patrick Garçon
Bernadette Rovire est une femme de tête qui roule. Son bureau, c’est sa voiture. Elle rencontre ici un chef d’entreprise, là un chercheur scientifique, plus loin un groupe industriel. Elle parcourt quelque soixante mille kilomètres par an, des Sables-d’Olonne à Poitiers, via Paris, en passant par Rennes et Nantes.
Qu’est-ce qui la faitant bouger ? Le pôle iD4Car que l’on prononce « idées for car », soit des « idées pour la voiture ». Ce pôle de compétitivité du Grand Ouest comprend trois Régions (Pays de la Loire, Bretagne et Poitou-Charentes). Entièrement dédié à la filière automobile, son siège social est à Bouguenais, à l’intérieur des bâtiments du technocampus EMC2, sa deuxième « antenne » est à Rennes. Bernadette Rovire pilote les deux sites.
Une « usine à produits »
Au moment où l’on pourrait penser qu’il faut faire disparaître la voiture (lutte contre l’effet de serre, réserves de pétrole en berne, etc.), d’autres pensent plutôt qu’il faut la changer. Bernadette Rovire s’inscrit sur cette piste et imagine la voiture du futur. Elle manage des ingénieurs et étudiants en thèse, experts en matériaux, en technologies des systèmes embarqués (systèmes électroniques et informatiques autonomes), en modélisations mathématiques ou en innovation.
La dame concentre toute son énergie sur le montage complexe de dossiers qui associent des PME, des grands donneurs d’ordres industriels et des porteurs de projets de recherche et développement pointus. L’objectif numéro un : passer d’une « usine à projets collaboratifs » à une « usine à produits » afin de rendre plus compétitive la filière véhicules de l’Ouest.
La France innove
« Notre fil rouge, ce sont les petites séries de véhicules et leur diversification. Les enjeux sont là aujourd’hui : l’adaptabilité du véhicule et les usages spécifiques sont des marchés porteurs. Demain ce sera celui des véhicules électriques », explique Bernadette Rovire. Exemple parmi les projets innovants soutenus par iD4Car : « Clipcar », nouveau véhicule de loisir porté par l’entreprise malvienne Atlantic Truck Services.
« La France innove, mais elle est un peuple d’ingénieurs qui ne savent pas très bien vendre leurs idées. La recherche et le développement, c’est dépenser de l’argent pour trouver des idées. Innover, c’est développer des idées pour gagner de l’argent. C’est aller au marché ! » souligne Bernadette Rovire. Le marché ? C’est le marché automobile, un secteur économique sans pitié, et où, là aussi décidément, le modèle allemand est la référence. Mais qu’est-ce qui fait la force des PME germaniques ? « Un entrepreneur allemand tient beaucoup à travailler avec des partenaires locaux et veut concevoir des produits qui collent à la demande du marché, dit-elle. Un entrepreneur français part plutôt d’une idée ou d’un concept et va chercher les savoir-faire où qu’ils soient sur la planète. Il a moins la culture du réseau local. »
Des trésors de diplomatie
Femme chaleureuse, elle déploie au quotidien des trésors de diplomatie mais assume son rôle de décideuse. « Ce sont les relations humaines qui font que les choses voient le jour, ditelle. ID4Car aujourd’hui est le reflet de la réalité de la stratégie industrielle de l’Ouest de la France. Ce qui m’intéresse, c’est de rencontrer les responsables de PME du territoire. Ils nous demandent de les mettre en relation avec des équipementiers et des constructeurs. Nous, nous sommes des médiateurs », affirme Bernadette Rovire. À 61 ans, elle aime dire qu’elle a atteint « l’âge de la zénitude » : « L’automobile est un monde où on rencontre peu de femmes. Pas simple d’y exister ! On s’impose en écoutant. Mais quand une décision doit être prise, je la prends. Les femmes sont dans l’action ! ».
Cécile Faver
mise à jour le 6 janvier 2012







