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Nantes Métropole le site officiel de la Communauté Urbaine de Nantes


le 9 mai 2011

« Les habitants ont le sentiment de partager un destin commun »

Entretien avec Stéphane Rozés, politologue, président de la société Cap (Conseils, analyses et perspectives), ancien directeur général de CSA, enseignant à HEC et Sciences-po).

« Les habitants ont le sentiment de partager un destin commun » Stéphane Rozès / © Patrick Garçon
Quel rôle jouez-vous dans la démarche « Ma Vi(ll)e Demain » ? En quoi consiste votre travail avec l’agence d’urbanisme ?
« Mon rôle est d’accompagner l’Agence d’urbanisme de la région nantaise (Auran) dans cette démarche de prospective. Thierry Violland, son directeur coordonne, une équipe projet de « Ma Vi(ll)e demain » d’une vingtaine de personnes. Cela fait plus de 20 ans que je mène des études quantitatives et qualitatives d’opinion sur Nantes et sa métropole. J’ai récemment travaillé avec l’ Auran sur une grande enquête comportementale sur le thème du développement durable.
Pour la démarche « Ma Vi(ll)e Demain », j’apporte mon expertise sur les questions comportementales, sur les écarts entre les aspirations et les réalisations, les opinions et les conduites réelles des individus . De ce point de vue la démarche « Ma Vi(ll)e Demain », vise aussi à aider élus et acteurs du territoire à mener des politiques sur les territoires qui permettent au quotidiens de réduire ces écarts entre conduites et aspirations.

Avec « Ma Vi(ll)e Demain », Nantes Métropole mène une démarche à 20 ans pour se projeter sur 2030. Elle n’est pas seule dans ce cas. Qu’est-ce qui motive ce type de démarche pour les métropoles ?
« Les élus locaux jouent un rôle décisif dans la vie de la cité. Ce sont eux qui incarnent l’intérêt général, décident de grandes orientations, animent le territoire et ses différents acteurs économiques, sociaux, associatifs, administrations et services publics locaux et portent le destin commun. Et si les élus sont soumis à la gestion du court-terme, ils sont également conscients que l’avenir doit se préparer et s’anticiper dès à présent. Par ailleurs, l’Etat jouant de moins en moins son rôle de régulateur en matière d’aménagement du territoire. Le rôle des villes en ce domaine ne fait que croitre. Enfin, aux niveaux national et international, la concurrence territoriale s’exacerbe et oblige toutes les grandes métropoles à penser et à préparer leur avenir pour être attractives et se développer mais dans le respects d’impératifs environnementaux et de qualité de vie demandés par les citoyens.»

Quelle est l’originalité de la démarche nantaise ?

« Depuis une vingtaine d’années, la métropole a été à l’avant-garde dans de nombreuses innovations urbaines et en matière de politiques des villes qui la composent…comme s’il y avait un modèle nantais du rapport au monde, à la ville, et une façon de faire nantaise.
Cela est source de fierté, de satisfactions, mais aussi d’un haut degré d’exigence. Nantes doit conserver son avance attendent les citoyens… D’où le désir des élus de mener une démarche innovante et une conviction de départ.
La prospective n’est pas seulement une affaire d’experts et de décideurs. L’avenir d’un territoire se dessine avec tous ses acteurs : citoyens, entrepreneurs, artistes, intellectuels, étudiants, jeunes en formation … La démarche doit associer tous ceux qui vivent sur le territoire, se l’approprient, innovent, portent son dynamisme et son attractivité.
Les élus de la métropole nantaise ont ainsi souhaité que la démarche « Ma Vi(ll)e Demain » soit ouverte à tous et associe tous les habitants qui le souhaitent le plus largement possible. Déjà plusieurs milliers de questionnaires sont remontées de la consultation auprès des citoyens et il est encore possible d’y répondre sur papier ou sur le site internet de « Ma Vi(ll)e Demain ».
Les experts ont tendance à se projeter sur le possible tel qu’on peut l’envisager aujourd’hui alors que les habitants vont aller beaucoup plus loin en abordant la question de ce qui est souhaitable de manière créative. Les habitants sont bien sûr marqués par le quotidien et le réel de manière très prosaïque, mais ils ont la capacité de définir les contours de la ville souhaitée. »

Qu’est ce que les élus attentent de cette démarche ?
« Le but de la démarche n’est bien évidemment pas de dire ce que sera Nantes en 2030. Il s’agit plutôt d’aider les élus à préparer l’avenir en leur constituant une sorte de boîte à outils, un ensemble de scénarios souhaitables et possibles pour l’avenir. Ceci leur permettra d’avoir une vision claire pour mettre en débat les grandes questions de société et lancer des projets.
Le dispositif de « Ma Vi(ll)e Demain » a été pensé pour faire travailler en parallèle différents types d’expertises et lancer différents types de consultations. Plus précisément, « Ma Vi(ll)e Demain » vise à repérer les tensions à l’œuvre dans la société, les signaux faibles, qu’ils soient positifs ou négatifs, et à proposer des scénarios aux élus.
Pour cela, nous allons explorer quatre grands champs de questionnement : la gouvernance … c’est à dire la façon dont doivent être prises les décisions concernant la cité, l’attractivité et le développement économique, la ville durable, et le lien social. Après la phase de mise en mouvement durant laquelle les habitants de la métropole ont pu apporter leurs contributions notamment en commençant à répondre à la consultation, nous allons entrer dans une phase plus qualitative. C’est le temps des idées qui va s’ouvrir dans les prochaines semaines et durant lequel toutes les communes de l’agglomération nantaise vont organiser des débats à partir des premiers résultats de la consultation. Grâce à ces débats auxquels participeront de très nombreux acteurs, auxquels s’ajouteront des entretiens et réunions de travail avec des décideurs et leaders économiques et d’opinion des territoires, nous allons pouvoir confirmer ou infirmer des intuitions et approfondir des constats. Cette démarche vise à créer de l’intelligence collective. »

Un certain nombre de thèmes se dégagent des questionnaires. Parmi ces enjeux, la gouvernance apparaît plus comme une question de spécialiste. Qu’est-ce que ce terme recoupe exactement et en quoi les habitants peuvent-ils se sentir concerné ?
« Il ressort d’abord que les habitants de la métropole sont fiers et conscients qu’existe un modèle nantais qui au travers de la solidarité entre territoires, générations et groupes sociaux professionnels permettent de se projeter dans l’avenir et de s’ouvrir aux autres. Les citoyens sont conscients que pour le préserver il faut le développer tout en conservant ses valeurs. Les élus en sont le garant. Le terme de gouvernance n’est pas à prendre comme une irresponsabilisation de ces derniers mais comme la prise en compte des acteurs de la cité avant que l’élu ne tranche au nom de l’intérêt général. Pour résumer, je dirais que la gouvernance englobe à la fois les décisions des élus et l’action des acteurs et citoyens. »

À l’issue du dépouillement des questionnaires, pouvez-vous nous décrire à grands traits les perceptions, aspirations ou inquiétudes des habitants de la métropole nantaise ?
« Quelle que soit leur catégorie sociale, les habitants ressentent le territoire de la manière assez identique. Globalement, il y a un vrai sentiment de fierté et de contentement de vivre sur le territoire de Nantes Métropole. 48%  des habitants déclarent vouloir, s’ils en avaient le choix, rester là où ils résident et 45 % en changer mais rester dans la métropole et seulement 7% la quitter. On  n‘atteint pas de tels niveaux dans les autres grandes villes de France. D’autre part, il n’y a pas de clivages sociaux importants ou spatiaux importants. Le développement de la métropole est harmonieux et les habitants ont le sentiment de partager un destin commun. 75% estiment que l’agglomération est un territoire solidaire. Enfin, ici, les habitants ont une forte capacité à se projeter dans l’avenir. C’est évidemment un facteur d’épanouissement. Pour les habitants, le territoire porte en lui une véritable cohérence qui permet de s’ouvrir facilement au monde. Le développement de l’agglomération (36%) est la première priorité pour l’avenir suivi de la capacité de se déplacer facilement. (26%) … mais on redoute la dégradation des relations humaines ». En tout état de causes, on souhaite préserver les valeurs humanistes (45%) dont la solidarité les valeurs civiques (25%) , identitaires (14%) « républicaines » (7%) et le développement durable ( 5%) et les valeurs morales ( 4%).

Dans quelles autres villes du monde les habitants de la métropole nantaise aimeraient-ils vivre ?
« Les réponses les plus fréquentes sont New-York et Paris, puis Nantes (alors que la question l’excluait) Londres, Barcelone, Bordeaux et Toulouse enfin Lyon, Berlin et Rome… des villes à la fois grandes et cosmopolites. De cela, on peut d’abord déduire que les habitants estiment que la métropole nantaise doit grossir. Dans le contexte actuel de crise économique qui accroit la concurrence entre territoires, Nantes doit rester en mouvement. La métropole  se veut donc pour 2030 plus attractive, internationale, européenne, mais toujours humaniste et dotée d’une forte cohésion sociale garante d’une qualité de vie au quotidien. »

Propos recueillis par Carole Paquelet et David Pouilloux

mise à jour le 6 mai 2011



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