Jean-François Kierzkowski est professeur de mathématiques, mais aussi écrivain jusqu'au bout de la ligne. Un point, c'est tout.
L'écrivain est un être qui côtoie la solitude, une compagne dont il a besoin pour plonger dans l'écriture, nager dans une mer de mots et faire remonter à la surface quelques phrases, un héros, un décor, une aventure. Jean-François Kierzkowski possède cette discipline du raconteur d'histoires qui sait prendre le temps de s'isoler pour créer un monde à part. « C'est un passage obligé, mais agréable. J'ai plaisir à écrire. J'aime aussi courir seul sur les bords de l'Erdre et imaginer mes histoires. »

Nous avons rencontré le jeune écrivain nantais à Mauves-sur-Loire lors du dernier festival du polar qui déroule ses pages « noires » tous les ans sur les bords de la Loire. Blond, grand, élégant, beaux yeux bleus, Jean-François est né à Saint-Nazaire voilà 35 ans. « Nous vivions près du port. Il y avait de grands espaces sans rien. Je promenais mon chien. Je m'ennuyais. J'allais dans les blockhaus avec mes copains. »
Aujourd'hui, il vit à Nantes et enseigne les mathématiques au collège Sainte-Anne de Carquefou. C'est dire si c'est un enfant de chez nous, un enfant de la métropole. « Mes romans se passent toujours à Nantes, même si je ne cite pas le nom de la ville », explique l'auteur de Grande Faim et de Vingt et un aux éditions Perséides. Pourquoi cet attachement ? « J'ai un esprit abstrait, et j'ai du mal à inventer des lieux que je ne connais pas. Je me sers de ce que j'aime dans mes descriptions. Un Nantais reconnaîtra sa ville dans mes livres. Mon dernier roman, L'Institut Klémentine commence lui à Carquefou. » Carquefou, pour lui, c'est avant tout un collège, des élèves de cinquième et de troisième, et les maths. Un métier qu'il aime. « J'adore la pédagogie. » Les élèves ? « De grands bébés en manque de sommeil. » Il les réveille parfois en promettant un Carambar à celui qui répondra à sa question. Le prof ose parfois un tour de magie « avec une chaussure » pour attirer l'attention jusqu'au fond de la classe...
Dans la vie d'un écrivain, il y a évidemment le mystère de la création. Qu'est-ce qui pousse un homme, une femme, à raconter des histoires aux autres ? Chacun a son explication. « J'ai simplement envie de le faire, dit-il. Ce qui a pu jouer aussi, c'est que j'ai cinq frères et soeurs. On jouait beaucoup, on imaginait plein de choses ensemble. J'aimais inventer des histoires. » Mais les auteurs sont aussi souvent la voix de celles et ceux qui les précèdent, et qui ne se racontent pas. « Mon père est d'origine polonaise. Contrairement à ce que l'on peut penser, il n'est pas venu ici travailler dans les chantiers navals. En réalité, il était étudiant et a rencontré ma mère à Berlin, en 1969. Ils sont devenus tous les deux professeurs d'allemand et se sont installés à Saint-Nazaire. Il est resté en France vingt ans avant d'oser retourner en Pologne à l'été 1990, après la chute du mur de Berlin en 1989. Il ne l'a pas fait avant de peur de ne pouvoir revenir... Vingt ans sans voir ses parents, ses frères et soeurs, ses cousins... Mon père parlait peu. »
L'écrivain remplit les blancs et les silences de l'histoire familiale avec son imagination avant de partager cela avec ses lecteurs. Comment ça commence, une histoire ? « Je pars souvent d'une situation quotidienne, mais un grain de sable fantastique dérègle tout. » Pas de recette, mais un choix. « J'aime utiliser le je , explique-t-il. La première personne du singulier permet de rompre la distance avec le lecteur. Le narrateur omniscient, l'écrivain, disparaît. Cela donne l'impression que le héros s'adresse directement au lecteur. » Mais « je » reste un autre. « Je ne me prends pas pour une fillette de douze ans, comme mon héroïne dans L'Institut Klémentine, quand j'écris je . » Un écrivain est aussi un amoureux des livres. « Je lis un livre par semaine. Qui ? Knut Hamsun, John Fante, Henry Miller. » Leur point commun ? « J'aime la pensée des autres. Leur façon de voir différente. Leur univers qui n'est pas le mien. » Un sans-faute, pour le professeur.
David Pouilloux
Photo : Patrick Garçon
NB : Le Bibliomane, le prochain roman de Jean-François Kierzkowski, sort début juillet aux éditions Perséides. La suite de L'Institut Klémentine devrait sortir début 2011, aux éditions Mangeclous. Succès oblige, le premier volume, est réédité.